
Les chats aiment les cartons. Pour jouer, dormir à
l'abri, se faire des cavernes.
Les nôtres aiment particulièrement ceux qui contiennent du papier et nous,
nous avons appris à nous méfier de l'équation (carton + papier) sur table + tasse de café qui est souvent égale
à "un gros tas de travail foutu et dégoulinant à refaire".

Après Noël, pour eux, c'est la joie. Tous ces
cartons d'emballage déballés...
Toutes ces possibilités... Celui-ci, ils l'ont détruit en une journée. Maintenant, il ne les
intéresse plus: demain je le mets à la poubelle.

Ma fille, qui a parfois du mal à grandir, déteste
jeter les emballages de ses jouets.
Dernièrement, au fil de mes pérégrinations dans la jungle touffue qu'est sa chambre,
je suis tombée sur un nid d'emballage de Playmobil.
Un cimetière des éléphants à la gloire des noëls passés...

Ma soeur va bientôt changer d'appartement.
Ce qui me rappelle mes propres déménagements: les chasses aux cartons vides
devant les magasins en ville, passé dix-neuf heures. Le vieux bonhomme en camionnette qui les
récolte à dix-neuf heures moins cinq et qu'il faut ensuite payer pour en récupérer quelques uns
dans le coffre de son véhicule. Les grands cartons, c'est pour les machins légers.
Les livres doivent se ranger en très petits comités dans les très PETITS cartons.
Les albums, évidemment, c'est la merde: c'est grand, c'est lourd:
éviter d'en mettre plus de trente dans le carton.
Finir par en caser cinquante. Se casser le dos ensuite.
Maudire définitivement les grands bidules
de Futuropolis et ce farceur de Chris Ware.
Ne pas oublier le gros scotch, et attention aux anotations trop sybillines
(machins 1, machins de la cuisine, Trucs de l'entrée...)
Pour finir, se rendre compte que quatre ans après, certains n'ont plus été ouverts.
Des trucs machins dont on n'a pas besoin, mais qu'on na pas pu jeter.
Des livres qui finiront par développer des champignons
parce qu'on n'a pas assez de bibliothèques pour les déballer tous.

Quand j'étais au beaux-arts, comme les
autres, j'ai dessiné sur du carton, bricolé avec des maquettes
et divers machins. C'était alors la mode des meubles en carton. Je me rappelle aussi en avoir dépiauté
de grandes plaques quand j'étais petite pour fabriquer des petites maisons. Une fois j'ai voulu faire
une petite étable pour la crèche des santons de ma mère. Finalement, je l'ai faite en bois, parce que
Marie, Joseph, l'âne, le boeuf et le petit Jésus méritaient un truc plus luxueux que ce toit en carton ondulé
tout pourri qui de toutes façons fondait sous la neige synthétique en bombe.
Le toit devant mon bureau ressemble lui aussi un peu à du carton ondulé.
Depuis une semaine, il fait si froid que la neige dessus n'a pas fondu.
Ma belle-mère, il y a trois jours, à huit heures du matin,
a trouvé un homme endormi dans le container à cartons où il passe ses nuits.
Enroulé dans sa poubelle, caché sous les emballages pour garder sa chaleur.
Elle lui a donné des biscuits, un manteau, une cuillère et des confitures. Du café chaud.
Avant de partir, il lui a fait promettre de ne pas le dénoncer...