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Je l’aime bien mon bureau. Il est chargé d’un bordel indescriptible qui est une vraie photographie de moi-même. Trop de machins administratifs en cours, des projets en cours aussi. Des petits jouets en bois ou en fer qui sont pour moi des clés vers d’autres mondes. De quoi alimenter le lecteur de CD pendant une vingtaine d’années, des bouquins, des images… Tous les trucs, les bidules et les machins que je mets entre moi et le monde. C’est MON monde. Derrière moi, le chauffage à pétrole qui me couve comme si j’étais un œuf en perpétuelle gestation. . Autour de moi, ma musique, enfin, celle que j’ai choisie. Face à moi, la fenêtre. La nuit, elle me renvoie ma propre image, lorsque je lève le nez. Mon cocon, c’est mon cocon à moi. Dans la journée, je lis ou j’écoute les infos. Ca me fait froid dans le dos et je retourne à mon cocon. Ce soir, le cocon s’est éclairé en rouge et orange. Derrière mon reflet dans la vitre, au-delà du toit où la vigne vierge a fini d’expirer dans la semaine, il y avait un grand et gros feu. Une odeur d’essence qui brûle, une fumée grasse, des pare-brise qui explosent. Comme c’est étrange : dans mon quartier pas du tout en difficulté, on a fait brûler quatre voitures. Une voiture de l’année (pour ce que j’y connais), une vieille caisse d’il y a vingt ans et deux autres que je n’ai pas identifiées. Lorsque nous avons regardé par la fenêtre, entre les feuilles noires de l’arbre du voisin pour savoir ce qui projetait cette lumière rouge, j’ai vécu une expérience étrange : avant de comprendre que je voyais l’arrière de ma maison où l’on brûlait quatre voitures, j’ai réellement cru regarder un gros titre de journal télévisé, ou la une de Paris Match…