Comme je crois fermement que tous les hommes naissent libres et égaux en droits (à deux ou trois exceptions près que je mentionnerais plus tard ici même), j’ai, il y a quelques semaines eu cette ambition stupide de vouloir, moi aussi, comme plein d’autres gens (ma petite sœur, par exemple, et mon autre sœur aussi, peut-être vous même qui me lisez, et votre mémé également, pourquoi pas), de vouloir, disais-je, m’extirper du vingtième siècle pour entrer de plain pied dans le vingt et-unième. C’est-à dire poser moi aussi une main rapace sur l’Internet gros calibre et la téléphonie à l’œil… Et comme disait le concepteur du Titanic : c’était pas forcément une bonne idée.
Car outre que je suis pathologiquement ce que l’on pourrait appeler une techno-barbare (C’est-à dire que j’ai des machins modernes qui brillent, qui font Piiing ou qui servent à communiquer, - j’en ai parce que j’y ai droit, y a pas de raison,- mais dès que ça ne marche plus par magie au sortir du carton d’emballage, ou qu’il faut par exemple les brancher les uns sur les autres, ou simplement sur le secteur à l’aide d’une cordelette en plastique appelée " fil d’alimentation avec prise", mes yeux se brouillent, mes mains me trahissent et je me retrouve assez vite à crier très fort et à user de violence sur les trésors technologiques mis à ma disposition par le siècle où je vis. Donc je suis techno-barbare et en plus, j’ai la chance d’avoir trouvé comme dirait peut-être votre mémé, chaussure à mon pied puisque mon Jules présente les mêmes symptômes si on le confronte aux mêmes épreuves, à ceci près qu’il a plus de force et crie plus fort aussi. On a donc, d’un commun accord, renoncé au magnétoscope, au four à micro-onde, au téléphone sans fil, à la voiture, au chauffage électrique, aux plaques machins pour faire cuire les trucs, des vélos à vitesses variables - gros et petits braquets, à la yaourtière Seb et à la quasi totalité des fonctionnalités avancées des autres bidules moderne que l’appartenance à notre époque et les moqueries répétées de nos enfants, nous obligent à posséder tout de même. Récemment, nous avons même décidé de nous passer du mode grosse commission / petite commission de la chasse d’eau.
Mais l’être humain se nourrit d’illusions, de rêves, d’orgueil et d’envie, et en plus il est souvent un peu con, alors j’ai cru bien faire en cliquant sur l’offre Frii. D’abord, cela semblait alléchant, toute cette gratuité. Et en plus l’idée de m’évader des pâturages de Maître Wanadoo dont je n’ai pas envie de vanter ici les innombrables qualités (cela pourrait me valoir les outrages de la censure pour emploi massif et répété de vocabulaire ordurier)… aah… L’idée de ne plus être chez Wanadoo : j’ai eu l’impression d’enjamber le mur de Berlin lorsque j’ai cliqué.
Mmmh… Et je vous le demande un peu, qu’arrive t-il lorsqu’on enjambe le mur de Berlin ? Eh bien on se retrouve tout nu dans la jungle vrombissante du libéralisme sauvage. Ici, le client qui veut faire marcher la concurrence est roi surtout s’il a :
a) De la chance,
b) Un certain talent pour les courriers recommandés
c) Un manche de pioche.
Donc, je résume un peu : pour entrer dans le vingt et unième siècle, j’ai cliqué. Et magie, le lendemain, alors que nous nous délections par avance de ce saut dans la modernité, à midi tapantes, pif, notre ancien opérateur qui est du genre à se vexer facilement quand on quitte son auberge, nous a renvoyé dans les années 90.
Donc, les exceptions précitées d'être humains qui ne devraient pas avoir de droit du tout c'est: quelques dictateurs, mon banquier, et le type qui a inventé Wanadoo.
Je ne sais pas si vous vous souvenez des années 90, avant la généralisation massive d’Internet dans les foyers . Nous on avait oublié à quoi ça ressemblait. A l’époque, les ordinateurs n’étaient connectés à rien d’autre qu’à l’électricité ! !
Pour lire les journaux les gens les achetaient tout imprimés super grand et pas pratique à lire sur du moche papier. Pour papoter avec leurs connaissances, ils devaient parler avec le combiné du téléphone. Et pire que tout, pour s’envoyer des documents, ils devaient aller dans ce qu’on appelait un bureau de poste. Le pompon, c’est que pour trouver une photo de lieu, d’acteur, de tableau, il fallait soit le trouver dans des livres,, soit ne pas le trouver et s’en passer.
Ah ah ! Vous n’aurez pas lu ce billet pour rien : je viens de vous faire ici une véritable leçon d’histoire. Mon témoignage ( J’ai passé un mois dans les années 90 !) est exclusif…
Bon, au bout d’un mois, on arrivait tout de même à se débrouiller avec les moyens de l’époque. Sauf pour trouver un numéro de téléphone. Ca, on n’a pas trouvé. Quelqu’un nous a dit d’aller aux archives départementales demander un annulaire (quelque chose comme ça) mais on a laissé tomber parce que de toutes façons, pour aller aux archives, il nous aurait fallu nous procurer tout d’abord un petit plan mappy, et ça, au vingtième siècle, on l’avait pas encore inventé. Donc, on est resté dans l’ignorance et la prostration.
Bon, enfin, voilà, c’est passé, c’est fini, on s’en est sorti, et nous revoilà… Finalement, on a reçu le machin de frii, je l’ai posé sur la table, ça n’a pas marché bien sûr, alors on a crié et usé de violence et comme ça ne marchait quand même pas, Krostif (qu’il soit béni) est passé à la maison, il a branché le machin sur le secteur et maintenant ça y est ça marche. J’ai même récupéré la moitié de ma messagerie (c’est-à dire que je peut recevoir des messages sur Outlook mais pas répondre –il ne faut pas non plus être trop gourmand)
Voilà voilà… Heureusement que cette année, j’étais super en avance pour ma carte de vœu !