Au dessus de mon bureau, il y a tous ces machins.
Une centaine d'images, des carnets, des vieux jouets,
des petites figurines, un robot, des photos, un bijou qui appartient à ma fille...

Des fèves de galettes, des jouets Kinder.
Certains sont liés à des souvenirs, d'autres pas.
Je crois qu'une grande partie de ces trésors fonctionne comme un pense-bête,
adressé à moi seule, dans une langue connue de moi seule.
J'aimerais écrire des histoires dont ils feraient partie.
Tant qu'ils sont là, ils sont en germe dans l'attente d"un-jour-peut-être...".

Mais il y a sans doute d'autre raisons. La plupart des dessinateurs ont ce travers bizarre.
Des bouts d'enfance pour tapisser la table-de-travail-centre-de-l'univers?
Comme les gens normaux posent sur leur bureau un cadre
avec dedans les enfants et petits enfants, un coupe papier rapporté d'un voyage,
la photo de leur bateau, de leur maison de campagne, nous exposons ces signes
extérieurs d'enfance encore là... Comme pour se souvenir qu'en travaillant beaucoup,
on obtiendra ce qu'on voulait avoir quand on était petits? Pas AVOIR, mais plutôt ETRE.
Etre auteur de bande dessinée... Ecrire des histoires, prolonger la magie de nos lectures d'enfance?
Se l'approprier. Devenir celui qui raconte.

En même temps c'est aussi lié à notre génération (et les suivantes, d'ailleurs)
Combien de trentenaires et plus achêtent pour leur usage personnel, des consoles de jeu,
des jeux vidéo, des jouets à collectionner, des porte-monnaie Hello Kitty, des figurines Star Wars...
Nos parents ne faisaient pas ça. Même leurs trains électriques avaient l'air plus sérieux.

Parfois je me demande ce que nos enfants en pensent.
Et ce qu'ils collectionneront, eux...