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Il y a deux jours, alors que nous n’avions certainement pas assez bu pour que ce qui va suivre puisse être attribué à un quelconque délire alcoolisé, Nous avons eu une idée merveilleuse, tout à fait dans l’air du temps et qui devrait sous peu nous permettre de nous enrichir, voire, peut-être d’obtenir le prix Nobel que nous méritons. Je dis Nous, car je n’étais pas seule, et lorsque viendra le jour de la reconnaissance publique, et des récompenses pécuniaires qui forcément s’ensuivront, il ne saura, bien entendu, pas question de mégoter sur la paternité de l’Idée. Nous étions donc trois. Thierry, moi, et un troisième cerveau que je ne cite pas nommément parce qu’il est discret et raisonnable, et que nous appellerons donc S. pour ne point heurter son sens de la discrétion précité.
Il devait être 23 heures trente, Thierry et S. revenaient de voir un film (dont je ne donnerais pas le nom afin de ne pas entacher leur réputation de cinéphiles. Sachez, du moins que c’est un film avec des zombies qui envahissent le monde –n’importe quoi- et que trois ( !) opus du même réalisateur sur le même sujet l’ont précédé. Sachez aussi que moi, je ne suis pas allé voir ça ;même si vous n’identifiez pas le film, je préfère que ceci soit clair entre nous).
Bon, donc, il était tard, mais pas trop quand même. Et comme à notre habitude, après un petit verre de bière, nous nous sommes bêtement laissés allés à commenter l’actualité politique. C’est idiot, c’est déprimant, c’est pas productif pour deux ronds mais à nos âges canoniques, c’est ça, ou alors on se fait mutuellement le récit de nos problèmes de santé. Alors, mieux vaut encore la politique : c’est désespérant, ça s’améliore jamais vraiment, mais au moins, on ne se sent pas obligés de prétendre qu’on va aller faire du sport pour y remédier. On peut continuer à boire de la bière, ça ne change rien…
A 23 heures quarante, le tour de l’actualité politique achevé, la minute de silence consterné religieusement observée, la reconstituante gorgée de bière avalée, l’un de nous a déploré que les électeurs soient avant tout des téléspectateurs et c’est là, (oui, là, que nos futurs biographes en prennent note), que l’Idée a fusé. Ce qu’il faudrait, c’est que, depuis son canapé, et armé de sa seule télécommande, le téléspec... non, pardon, l’Electeur puisse exprimer ses idées et son vote. Pour élire le candidat de l’UMP, tapez 1, pour le candidat socialiste, tapez 2 etc... Astucieux, non ? Evidemment, pour parfaire l’idée, il y aurait moyen que les partis politiques en concurrence achètent les numéros, comme on le fait avec les noms de domaine sur Internet. Ce qui donnerait probablement ceci : pour le candidat de l’UMP, tapez 1, 2,3,4,5,6,7,8 ou 9. Pour plébisciter le candidat socialiste, tentez de créditer un nombre de 10 à 20. Pour les autres partis, faites un nombre à 3 ou 4 chiffres. Voire plus. Pour le FN, appuyez sur la touche volume up. Pour voter vert, ôtez les piles, et voyez si ça fonctionne quand même en mettant la télécommande sur le balcon pour capter l’énergie solaire. Pour voter blanc, jetez votre espadrille sur la télé.
Bien sûr, les sommes avancées par les partis politiques seraient défalquées sur la dette de la redevance audiovisuelle et nous permettraient peut-être d’en être totalement soulagés. Si tout se déroule comme je le pense, il y aurait moyen assez vite que les émissions télé et les films soient rapidement sponsorisés par les partis, comme c’est déjà le cas avec certains journaux de vingt heures. Par exemple, ce soir, à 21 heures, votre film, " Main basse sur la ville" de Francesco Rosi vous est offert par le l’UMP. Il sera suivi, à 23 heures 45 par un film de Billy Wilder cautionné par le parti socialiste " Sept ans de réflexion ". (Il est à noter que dans ce que je viens de dire, il y a un point qui est totalement pas crédible, c’est que TF1, France 2 ou France 3 passent des films pareils à une heure de grande écoute).
Ou alors, peut-être pourrait-on attribuer directement une chaîne à chaque parti. A lui, par la suite, d’en meubler les grilles selon ses moyens financiers et ses aspirations éducatives. Grâce à la pub (ciblée bien entendu), ils pourraient rentabiliser leur investissement et même, pourquoi pas financer leur parti. Et voilà ! Je viens (Nous venons) de régler d’un seul coup : le financement des partis politiques, l’impopularité de la redevance audiovisuelle, et le problème (si c’en est réellement un) de l’abstention électorale. Pas mal… Demain, je réfléchirais un peu à voir si on peu combiner le comblement du trou de la Sécu, la sur-longévité des électeurs du troisième âge et la fermeture des maisons closes… J’achèterais quand même un pack de bière avant…
PS : Tiens, ça y est, j’ai une idée encore plus folle ! Et si les hommes politiques profitaient de l’été pour faire la tournée des plages et offrir des frisbee gratos, voire des tee-shirts siglés du logo de leur parti en échange d’une adhésion à… disons 10 euros ? Non, ça, ce serait vraiment lourd, c’est tout à fait impensable: je vais trop loin dans mes projections délirantes.