
Aujourd’hui, je n’ai rien à dire. Ca doit venir de mon docha. Ma petite sœur m’a expliqué ça au téléphone tout à l’heure.
Je résume un peu : alors qu’elle me racontait qu’elle s’apprêtait à planter des graines de souci, j’ai bêtement voulu argumenter que ce n’était peut-être pas la saison des plantations. Oh, mais ça, c’est pas grave (a t-elle répondu, c’est juste pour essayer et en plus je crois que j’ai la main verte, c’est dans mon docha.
- ton … quoi ? ? ? (j’ai le don de poser des questions idiotes)
- mon docha : je suis kafa, alors je dois avoir la main verte. (kafa ça doit vouloir dire " monstre aux mains vertes)
Je ne voulais pas la vexer : je n’aime pas vexer les gens, et en plus, quand elle est vexée, ma petite sœur est terrible, ce qui doit être un trait caractéristique des kafas, je pense…)
" excuse moi, mon lapin " ai-je repris d’une voix douce pour ne pas l’effrayer " explique moi ce qui t’arrive, comment as-tu attrapé un truc pareil ? (ma petite sœur habite Paris et donc, souvent il lui arrive des choses bizarres. Peut-être qu’il y a des virus qui ne touchent que les parisiens, qu’on ne risque pas d’attraper en province)
- Mais enfin, c’est le livre que j’ai acheté, tu sais, sur l’ayur-védique !
- Aah… (ce doit être moins dangereux que je ne le pensais, puisqu’elle a acheté ce bouquin dans la librairie de mon quartier, en province, donc...) Bon, alors, c’est quoi ces kafas ? "
- C’est l’un des 3 élémentaires de corps, tu vois. On peut être kafa, vata ou pita !
- Ooh… " J’ai répondu, tout en pensant houlala…
- Moi, par exemple, je suis kafa ( Ici, j’ai eu l’impression d’être Champollion décryptant la pierre de Rosette, parce que kafa au moins, je commençais d’entrevoir ce que ça voulais dire : blonde, les mains vertes et qui se vexe parfois)
- En plus les kafas vivent la nuit, avec la peau pâle : c’est donc vraiment moi. " Blonde, les mains vertes et doté de gros yeux rouges habitués à l’obscurité. Brrr… pensais-je pendant qu’elle ajoutait : " Je pense que tu es un kafa aussi "
Hein ? Moi aussi ? Eeh, mais j’ai rien fait pour…
- Tu sais, quand on connaît son docha, c’est bien plus pratique pour se soigner correctement avec des plantes. Tiens, par exemple, là, j’ai le gingembre. Tu sais ce que ça guérit le gingembre ?
- Heuu… Tu sais, même la caissière de la supérette où j’en ai acheté le mois dernier m’a dit que c’était pas très efficace comme aphrod…
- Je te lis ce qui est écrit dans le bouquin : Gingembre : excellent sur douleurs menstruelles, indigestion, mycoses et diarrhées.
- Hem. Tu l’applique comment ?
- Je sais pas. Il doit falloir faire une tisane, non ?
- J’imagine. Je crois que si tu t’en mets une racine ou deux dans la culotte, ça doit surtout faire bizarre, hein ?
- Mmh. Oui, surtout, ça doit gratter un peu.
- Et piquer, aussi sans doute, non ?
- Bon, ce doit être en tisane, alors. Tiens, dis moi un genre de problème que tu as, des fois…
- Heuuu….
- Bon. Prenons le mal de dents. Tu as toujours mal à ta dent, non ?
- Oh oui ! (ça fait plus d’un an que je devrais aller chez le dentiste… C’est vrai que si le docteur Ayur-védique peut m’éviter la roulette…)
- Mal de dent… Ah, ça y est ! Il faut de l’ail !
- Une tisane d’ail ? ? ?
- Eh oui, ça doit être horrible, j’imagine. "
Silence. Du bout de ma langue, je touche ma pauvre dent qui fait mal pour la rassurer, et lui dire qu’on ira chez le dentiste, elle et moi. Au bout du fil, ma petite sœur kafa tourne les pages de son livre.
" Il y a des boissons curatives aux pierres aussi. Par exemple pour la circulation : faire tremper toute la nuit dans de l’eau un saphir, ou un rubis. Et puis, au matin, boire l’eau imprégnée." Là, ça devient complètement décadent. Je me vois très bien passer chez la pharmacienne de mon quartier (à côté de la librairie) pour lui acheter une plaquette de rubis, madame, s’il vous plait. / Bien mademoiselle, à croquer ou à sucer ? / Oh, ben, vous savez, c’est ceux pour faire fondre, alors…/ Ben je vous donne des rubis effervescents, hein, ça fond mieux. Oh, flûte, j’en ai plus. Je vous mets les saphirs, c’est du générique, et au moins c’est remboursé et ça fait tout pareil…
Ma petite sœur ajoute : " Il faut enlever la pierre avant de boire. Tiens, d’ailleurs, ça soigne aussi les désordres psychologiques ! L’hystérie par exemple !
- Eeh ! Pourquoi tu me dis ça ? ? ? " Le kafa à l’intérieur de mon docha s’est mis à bouillir.
- Hé hé… non, c’est juste pour dire que ça marche sur pleins de trucs ! Mais à la fin, ils disent aussi que, pour les prescriptions, vaut mieux voir un médecin, quand même. "
Ma petite sœur fait des études de psychologie clinique. Un jour elle ouvrira un cabinet pour soigner les gens. Eh bien, je crois que j’irais la consulter. Au moins, la consultation ne sera pas ennuyeuse… Mais, s'il vous plait, d'ici là, ne tentez pas de m'expliquer plus avant l'Ayur-védique! Laissez-moi baigner encore un peu dans ses poétiques mystères!!