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Come fly with me

 

 

 



Il y a trois semaines, une chose merveilleuse m’est arrivée. J’ai rencontré mon rêve. Au détour d’un clic. Jamais plus je ne dirais qu’Internet ce n’est pas le royaume du rêve. D’ailleurs, d’ici peu, j’aurais autre chose à faire que de baguenauder sur Internet, puisqu’il faudra que je fasse mes bagages.

Bon, je ne vais pas introduire plus longtemps les détails de mon aventure : tout a commencé alors que je fouillais, par Internet interposé, les rayons d’une librairie américaine, à la recherche (fructueuse, merci) d’un trésor non encore traduit en langue de Molière. Sur l’un des quatre-vingt deux pop-up que la barre Google tentait de neutraliser, j’aperçois une annonce intrigante : " Le Gouvernement peut vous attribuer une Green Card, si votre profil est jugé valide ! " Je n’aime pas trop que l’on m’interpelle sur le sujet de mon profil, et je crois que j’aime encore moins qu’on le juge. Aussi, après avoir haussé les épaules et pensé que c’était n’importe quoi, je me suis replongée dans la recherche qui m’avait amené là.

Mais ma main… la souris…mon inconscient, -que sais-je ?- avait déjà posé le doigt sur le clic de l’engrenage qui devait me mener au delà de l’océan et, oui, j’ai cliqué.

Bonjour (à partir d’ici, je traduis, car ce n’était plus du Molière), le saviez-vous, chaque année, le Gouvernement des Etats Unis organise un tirage au sort. 50 000 personnes peuvent se voir attribuer une Green Card, pour peu que leur profil soit jugé valide. Votre profil est-il valide ? (Ben…j’ai un grand nez comme tous les français dans les films américains, mais sinon ça va : je ne suis pas Gérard Depardieu, merci)

Je clique sur " Voir si mon profil… " et la question 1 apparaît : " Voir si votre nationalité est éligible : de quel pays êtes vous ? " J’hésite à écrire Afghanistan mais quelque chose me retient et je tape bêtement France. (pourquoi ? Ai-je craint de voir débarquer chez moi des Men In Black de la CIA venu s’enquérir de mes motivations ? Rêvais-je vraiment d’être éligible ?). France, donc. Bonne réponse : le Gouvernement Bush, pas chien, a donc décidé de passer l’éponge sur la couardise de ces affreux frenchies qui ne voulaient pas visiter l’Irak en temps de guerre.

Quel est votre niveau d’études ? " Je réponds, soulagée qu’on ne m’en demande pas plus, pour l’instant sur la nature desdites études -je ne suis pas sûre qu’elles entrent dans le cadre souhaité…

Dernière question (ah bon, ça suffit ?), et il est précisé que la nature de la réponse à celle-ci a une très grande importance : " Etes-vous marié (e) ? " Ah ben non, flûte. A mon âge, ça ne fait pas très sérieux, hein, c’est ça ? Et, en plus, j’ai un enfant (oups !). Serais-je obligée, en cas d’obtention de la Green Card, de cacher ma fille dans un sac, pour passer la douane ? Donc, le Gouvernement préfère des futurs immigrants mariés… Re-flûte. Evidemment, si je demande à mon jules s’il y a moyen de régler ladite formalité dans la semaine, il va poser des questions, c’est sûr, et comme je ne lui ai pas demandé s’il voulait devenir américain le mois prochain, ça va faire des histoires. Tant pis, je réponds Non

Le serveur réfléchit longuement. Mon pauvre cœur s’emballe… En bas, mon Jules fait la vaisselle, inconscient du fait que notre avenir se joue. Quitterons nous demain la France, ce pays sans espoir, pour aller explorer les plaines fertiles de l’ouest de l’Amérique ? Deviendrons nous, comme Charles et Caroline Ingalls avant nous, le blé valeureux dont sera fait le pain spirituel de l’Amérique du siècle prochain ? Verrais-je Las Vegas ?

oncle-sam.jpg

Attends moi, oncle Sam! I'll come fly with you!

 

Le serveur cesse de réfléchir, l’écran s’éclaire sur cette phrase : " Votre candidature est acceptée ! " Non, sans rigoler ? En bas, en tout petit, il est écrit " pour valider votre inscription, veuillez transférer à notre organisme, la somme de soixante euros par carte bleue ou visa " Hein ? ? Mais ça va pas ? On est des immigrants pauvres, nous ! Soixante euros, c’est bien le prix d’un baril de pétrole, au moins ! Attendez qu’on creuse dans les plaines fertiles du Texas, avant de nous réclamer des sommes pareilles, quand même… Soixante euros ! Ca m’étonnerait qu’on ait demandé ça à Charles et Caroline Ingalls. Alors, tant pis. L’Amérique attendra. Et j’ai claqué la porte du site d’un clic déçu.

Mais dès le lendemain, de merveilleuses surprises m’attendaient sur ma messagerie. La porte de l’Amérique s’entr’ouvrait à nouveau devant moi. Vingt-huit messages alléchants (ah bon, j’avais donné mon adresse ? Mais je ne le fais jamais, moi… Merde, j’ai dû être éblouie par les lumières de Broadway, quelle andouille !) me proposaient, outre du Viagra, du Botox, des crédits super intéressants, des Rolex pas chères, des vacances en bungalow à Salt Lake City (cool, c’est la capitale mondiale des mormons : ça doit être rigolo), et des études supérieures par correspondance, une incroyable opportunité : To Protect and Serve dans la police américaine !

Et depuis ce jour, pour moi, c’est tous les jours Noël quand j’ouvre ma messagerie. Ou plutôt devrais-je dire " tous les jours Christmas ".

Une fois par semaine, l’Organisation Gouvernementale du bureau des traitements de demande de visa (de carte Visa, sans doute) me relance pour que je termine de valider ma demande de candidature, et que j’acquitte ma dette de soixante euros, au passage. Bien sûr, la lune de miel entre moi et l’Amérique étant terminée, je préfèrerais qu’ils m’oublient, ainsi que je les en ai poliment priés trois fois à l’adresse mail " cliquez pour vous désinscrire de notre liste " La dernière fois, j’ai ajouté, en français quelque chose comme " foutez-moi la paix ". (Si je veux leur écrire, dans le monde réel, ils ont une adresse à Broadway, New York…)

Rien à faire, ils restent à ma disposition, et persistent à me couvrir de cadeaux. Et m’expliquent à chaque fois à quel point ma candidature est en bonne place, qu’au vu de mon dossier ( ?) mes chances sont vraiment excellentes.

Bon. Puisqu’a priori, le Gouvernement tient à ma candidature, puisque l’Amérique a besoin de moi, elle finira très certainement par venir me chercher. Moi, je ne bouge plus, j’en ai assez fait : elle n’a qu’à faire le premier pas, et m’envoyer ma Green Card, accompagnée d’une place dans un avion correct et d’un petit mot d’excuse pour avoir parlé si crûment d’argent à l’aube de notre relation.

Ca ne tardera sans doute pas, d’ailleurs. Il faut que je prévienne ma famille, et Thierry, aussi, bien sûr. Donc, si d’ici peu, ce blog s’arrête, vous saurez pourquoi : tel Christophe Colomb, chevauchant les mers, l’œil réglé sur la ligne bleue de l’horizon, un pied sur la Pinta, un pied sur la Nina, et un pied sur la Santa Maria, je découvrirais la pomme de terre de chez Mac Do, le plant de tabac qu’on ne peut pas fumer -car les coins fumeurs se sont raréfiés depuis 1492-, et les indiens en résine coloriée devant les drugstores ! Je serais devenue policier à Salt Lake City. A moi l’Amérique !

Evidemment, il y a ce problème de la bouffe qui fait grossir... 

 

PS : Je me suis déjà rédigé un petit lexique phonétique, comme celui qu’avaient les GI’s en 44, pour débarquer en Normandie :

Oudiou plize valide maille grine carde ?

Aïme euh niou citizèn ine iour bioutifoul countri, ende aïme goïngue tou chère ouize iou maille frenche culture ende euprichiète ioures.

Aille ope maille peillepeurze are ol raïte ofisseur.

Aille dou not ave aids, or ozeur dizize, aille kèn souhère it tou !

Oh iès, aille cane souhère ailleme not euh communiste.

No, nailledeur ène ofoul musulman terroriste.

Plize, taxi, teilleque mi tou brodouè, aille ave tou quique di ass of de director of di governementol orguenizeillechione of bureau des traitements de demandes de visa (en français dans le texte)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
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L
ATTENTION !<br /> <br /> je ne te laisse que 8% et 10 si tu depasses les 150000 barils.<br /> <br /> Faut pas rever non plus !
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K
Une seule chose à dire, tu as cliqué!!! You're going to reap just what you sow...
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J
60 euros pour se faire trucider au détour d'une rue de New York, c'est quand meme pas cher payé. Une telle aubaine, ca ne se refuse pas.
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N
à Loïc: c'est à dire que tu compte un fixe de 10 pour cent, ou c'est en avance sur droits (sur mon pétrole à creuser)?
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L
Nathalie,<br /> <br /> si tu le desires, je peux faire avancer ton dossier en premiere position.<br /> <br /> pour cela, il te suffit de me faire parvenir une valise de billet de 10...<br /> bien sur, pas un grosse valise.<br /> je te fais le tarif preferenciel...<br />
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