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Ce matin, mon moral étant fort moyen, j’ai décidé de m’acquitter de mes paperasses en retard. Donc, hop, gonflée de courage, je m’attaque au plus pointilleux des dossiers qui traînent : le Pacs. Ben oui, mon jules et moi avons décidés de nous pacser pour simplifier ( !) certains machins (comme par exemple les impôts...).
Il y a quelques semaines, après avoir consulté sur Internet le site ad hoc, nous nous étions munis des divers papiers nécessaires à ladite démarche, puis rendus courageusement au Tribunal de Grande Instance de notre petite ville. Là, une dame sympathique, après examen de notre butin administratif, avait répondu (fort aimablement) que non, pas du tout, c’est pas ceux-là qu’il vous faut… Ah bon, mais sur Internet, pourtant… Ha ! (a t-elle répondu) Internet ! Mais on trouve n’importe quoi sur Internet !
Bon. Après un bref palabre, la dame nous a gratifié d’une douzaine de papiers supplémentaires destinés à expliquer quels documents exactement, étaient requis. C’est-à dire, les mêmes que ceux que nous avions déjà, à peu près, mais en mieux, en plus complets… J'ajoute qu'après examen desdits papiers explicatifs, je constatais qu'ils avaient étés téléchargés sur Internet. Hem...
Bien bien… Nous devons donc adresser des demandes diverses et variées à nos mairies et Tribunaux de Grande Instance de nos lieux de naissance. Avec des enveloppes timbrées pour certaines de ces administrations et pas pour d’autres… Tous les documents réclamés doivent être obtenus au plus vite, et tous en même temps probablement, puisque à dater de leur émission, nous avons moins d’un mois pour décrocher un nouveau rendez-vous au Tribunal d’ici et y faire valider la demande finale. Mmh… Le poids du dossier en cours fait déjà ployer mon bureau qui pourtant en a vu d’autres. Mon petit préféré, c’est la déclaration sur l’honneur, qui stipule que moi et mon futur pacsé, nous ne sommes pas frère et sœur, ni père et fille ou mère et fils, ou cousin cousine. Celui là, il doit être fait en deux exemplaires, des fois que l’un de nous aurait des informations inédites que l’autre n’aurait pas. (Luke, mon chéri, je suis ton père…/ Mais Martine, enfin… qu’est-ce que tu racontes ?/ Ben oui, Luke, à l’occasion de notre Pacs, je te l’annonce : je suis ton père alors cesse de m’appeler Martine, ça m’agace et ça me rappelle Jean-Pierre, qui est ta mère au cas où tu l’aurais oublié et avec qui on t’a refusé un Pacs l’an dernier). Donc, par exemple, Luke et la princesse Leïa, c’est pas possible, ni Luke et Dark Vador, alors que Leïa et Han Solo, oui, ou Chewbacca et Maître Yoda, ainsi que George Lucas qui doit connaître un peu le Tribunal de Grande Instance de mon patelin s’en était douté. (Au fait, y a t-il quelqu’un avec qui Luke Skywalker puisse se pacser sans craindre de faire de fausse déclaration ?)
J’ajoute que sur ce document, déjà croquignolet comme je le signalais précédemment, il convient de stipuler également qu’en plus de ne pas être parents entre nous, on n’est pas non plus des alliés. Mussolini, par exemple, aurait pu se pacser avec Staline, mais pas avec le petit Adolf… Et en deux exemplaires, je vous prie, pour être sûr qu’on est bien du même avis (ah bon ? Toi aussi, tu comptais annexer la Pologne ? Merde… Notre amour est donc impossible, à moins que l’un d’entre nous renonce à ses prérogatives sur l’Europe, alors ?)
Donc, reprenons, pour se pacser, il ne faut pas non plus partager les mêmes tendances politiques, et en plus de ne pas être de la même famille, il vaut mieux ne pas être trop copains. Bien, je le note, mais quand même ça réduit le champs des possibilités.
Bon, papier suivant… Ah ! Une attestation sur l’honneur certifiant qu’on habite bien dans le ressort géographique du Tribunal où est déposée la demande. Facile, on habite à trente mètres du Tribunal, on a qu’à donner une photo, ils reconnaîtront bien la maison.
Ensuite, voyons. Mmh, un contrat où on se partage nos biens. Mais pas l’immobilier, ni le chat. Comme on est pauvres, ça pourrait aller vite. L’ordinateur pourri est à moi, celui qui ne marche pas est à toi. La gazinière graisseuse est à moi, sauf si tu as le courage de la nettoyer, auquel cas, emporte là. Emmène aussi les chaussettes dans le panier à linge, lequel est à moi, lâche-le, et ça, ça s’appelle un soutien-gorge, ça ne se met pas sur la tête pour jouer à l’aviateur, enlève le, c’est à moi, je vais l’écrire sur le contrat.
Evidemment, il y a les bouquins. Et dans le mois qui nous est imparti, ça m’étonnerais qu’on arrive à les départager, et en noter tous les titres sur le contrat. On fera donc au pourcentage de poids, ça ira plus vite. Sauf ton calendrier de femmes à poils peintes par Gil Evgrenmachin, enlève moi ça du milieu, je préfère que ma fille ne grandisse pas avec une image de la féminité aussi lamentable sous le nez. Si ! il est à toi le calendrier, même si c’est ma sœur qui te l’a offert, je te rappelle, hein, quoi, qu’est-ce qu’elle a ma sœur ? Le calva du cousin Eugène, c’est à toi, moi, je n’ai pas de cousin Eugène, et ce calva il encombre MA cuisine. La cafetière est à MOI, mais comme TU as payé le café, je te le verse dans la poche de ton manteau, hein ? Tiens, je t’y mets du sucre avec, tiens, puisque ça aussi, c’est TOI qui l’a acheté.
Bon. Après avoir rédigé ce contrat, il y a en effet peu de chances qu’on reste alliés.
Formulaire suivant. Ah, oui, les copies intégrales des extraits de naissance. Je téléphone donc à la mairie de Pétaouchnok-où-je-suis-née, me réjouissant à l’avance de ce qui m’attend. Allô, bonjour madame, je voudrais une copie intégrale de mon acte de n… ah, c’est pas le bon bureau ? Oui, très bien, basculez moi sur le bon standard. Bonjour madame, c’est pour une cop… Ah bon ? toujours pas ? Oui oui, basculez moi encore alors. Bonjour madame … pardon monsieur, oui, je voudrais une copie intégrale de mon machin de naissance. Ben si, on m’a envoyé chez vous. Ah ? Bon, basculez moi sur la population (sic !) alors. Tiiiit Tiiiiit Tiiiiiiiit. Au bout du fil, on décroche. J’ouis un bruit qui pourrait être celui d’un énorme rot poussé par un adolescent désirer de faire rigoler des adolescentes pour ensuite les séduire et les entraîner dans les relations sexuelles. Une sorte de Beuuuurp (re-sic). Je me dis, instantanément que mon imagination me joue des tours. Et j’entends alors au milieu de gloussements de femmes matures, un " Oooh, Frédéric, tu es vraiment dégueulasse ! Hihihi ! " (re-re-sic) qui me laisse songeuse sur l’état de la chasse à la sexualité chez les adultes de la mairie de Pétaouchnok-où-je-suis-née.
Bonjour monsieur Frédéric (-de-la-population, donc, il faut suivre, hein ?) je cherche une copie intégrale de mon acte de naissance. Eh, ben oui, on m’envoie à vous. Si si, depuis le standard, ils m’ont basculée vers vous. Ah vous ne pouvez pas me faire ça par téléphone (en même temps, vous en avez déjà bien assez fait avec ce téléphone. Peut-être devrais-je moi aussi émettre un chouette rototo pour vous prouver que je suis, moi aussi, un adulte en âge de séduire…) Ah bon, vous ne faites que par fax ? ? Eh ben non, j’en n’ai plus de fax ! (je vis au XXI° siècle, moi, môssieur, je n’habite plus à Pétaouchnok-où-je-suis-née-et-où-on-communique-par-fax-et-par-beuuurp, et je dois avouer que depuis que je vous ai au téléphone, je m’en réjouis, d’avoir quitté la région).
Alors, voilà, c’est entendu comme ça, vous me l’envoyez dans le mois. Merci! Bonne chasse, hein? Pourvu que tous ces papiers arrivent le même mois, ceux des divers tribunaux et des multiples mairies…
Reste que mon jules doit lui aussi téléphoner à la mairie de Tataoushnok-où-il-est-né. Je crois que je vais lui laisser la joie de la démarche.